•  

    « Il y a de mauvaises nouvelles. »

     

    Tout a commencé comme ça.

     

    Samedi 14 novembre 2015, dix heures du matin.

     

    Les cheveux en bataille, ses taches de rousseur plus voyantes que jamais, son teint matinal de fantôme qu'on aurait sorti de son sommeil éternel, elle est sur le pas de la porte du bureau de ses parents.

     

    Son frère, dos à elle, penché sur ses cahiers.

     

    Sa mère, sur un coussin, faisant une recherche sur sa tablette.

     

    Son père, assis au bureau, en train de corriger ses copies.

     

    Il se retourne.

     

    Sa mère lève les yeux vers elle.

     

    « Il y a de mauvaises nouvelles. »

     

    Leurs mines sont soucieuses. Elle les regarde, inquiète. Ils ont la même expression que le 7 janvier lorsque... Ils ne la laissent pas à ses réflexions.

     

    « Des attentats, à Paris, hier soir. Au Stade de France, au Bataclan, une salle de spectacle, et dans des cafés. Plus de cent morts et pas loin de deux cents blessés. Ils n'ont pas encore été revendiqué mais tout le monde pense aux djihadistes. Il y avait sept kamikazes. »

     

    Sa vue se brouille, ils continuent de parler mais elle n'entend plus qu'un bourdonnement sourd.

     

    Elle se mord les lèvres. Elle dit quelques mots, elle ne sait même pas lesquels.

     

    Puis elle descend, se sert un verre de jus d'orange, une part de brioche et commence à manger machinalement.

     

    Choquée.

     

    Elle remonte dans sa chambre.

     

    Merde, bordel, pourquoi, pourquoi, Charlie Hebdo ça leur avait pas suffi, pourquoi, oh si seulement, si seulement, si seulement ça n'était qu'un mauvais rêve, je veux oublier, oui, tout oublier, dix mois, dix mois d'écart, seulement, pourquoi, merde, je pleure, merde, merde, merde...

     

    Et les larmes qui coulent.

     

    Elle s'assoit à son bureau.

     

    Appuie sur le bouton « on » de son ordinateur.

     

    Attend.

     

    Tape son mot de passe.

     

    Clique sur Mozilla Firefox.

     

    La page d'accueil de Google s'affiche sur l'écran.

     

    Avec un ruban noir sous la barre de recherche.

     

    Dans ses marques pages, elle clique sur sa boîte mail.

     

    Pas de nouveau message. Elle s'en fout.

     

    Elle écrit quelques mots à sa meilleure amie.

     

    Besoin irrépressible de lui parler.

     

    « Noémie.

     

    Tu

     

    as

     

    entendu ?

     

    Tu

     

    as

     

    vu ?

     

    13 novembre.

     

    Merde, pourquoi ? »

     

    Et elle clique sur « Envoyer ».

     

    Puis elle ouvre un nouvel onglet.

     

    Tape « actu Paris »

     

    Et se saoule.

     

    Oui, se saoule.

     

    Elle se saoule d'articles de presse.

     

    Elle se saoule de France Inter.

     

    Elle a besoin de

     

    savoir.

     

    De

     

    comprendre.

     

    Elle voit les horreurs défiler.

     

    Chaque mot comme un poignard qui s'enfonce toujours plus profond dans son cœur.

     

    « Cent-vingt-huit morts »

     

    « Trois-cent-cinquante blessés »

     

    « état d'urgence »

     

    « kamikazes »

     

    Et cette phrase.

     

    La phrase qui résume tout.

     

    La phrase qui termine de l'achever.

     

    « Samedi 14 novembre, la France se réveille en sang. »

     

     

     

     

     

    « La guerre »

     

    Comment deux mots peuvent-ils faire autant de mal ?

     

    « La guerre »

     

    Elle ne sait plus quand elle les a lu la première fois.

     

    Samedi après-midi, peut-être.

     

    « La guerre »

     

    Ca veut dire quoi la guerre ?

     

    Elle ne comprend pas.

     

    Elle ne veut pas comprendre.

     

    Pour elle, la guerre, c'est ce qu'elle a apprit à l'école.

     

    Ce qu'elle a lu dans les livres.

     

    Hitler, le génocide des juifs.

     

    Les croisades.

     

    La guerre de cent ans.

     

    14-18.

     

    La guerre d'Algérie.

     

    Et les autres.

     

    Toutes les autres...

     

    Pour elle, la guerre, c'est lointain, abstrait, c'est les horreurs qu'elle a lu et qui la hantent, parfois.

     

    C'est le récit de l'adolescence de sa grand-mère, deux de ses frères morts là bas.

     

    Elle s'incarne dans les rides, dans le papier jauni des lettres.

     

    Mais ce n'est surtout pas 2015, les réseaux sociaux, l'ère du mondialisme.

     

    Elle saisit son oreiller.

     

    Le pose sur son lit.

     

    Et frappe.

     

    Le frappe, de cet acte aussi insensé que les attentats, que la guerre.

     

    Pendant longtemps.

     

    Et ses coups s'accompagnent de larmes.

     

    Qui perlent, roulent.

     

    Des larmes silencieuses qui se transforment en gros sanglots.

     

    Et quand, enfin, elle se calme, elle retourne sur son ordinateur.

     

    Youtube.

     

    La lettre à Elise.

     

    Elle l'écoute en boucle, les yeux dans le vague.

     

    Puis se remet à lire les articles, des dizaines et des dizaines d'articles, des points de vue tous différents qui défilent sous ses yeux.

     

     

     

    Le soir, sa famille doit aller chez des amis.

     

    Elle n'a pas envie.

     

    Pas envie de parler, de rire, pas envie de voir des gens.

     

    Mais bien obligée.

     

    Elle s'y rend à contre-cœur.

     

    Ils en discutent un peu.

     

    Partagent les dernières nouvelles, appréhendent les jours, les mois à venir, se racontent comment ils l'ont appris.

     

    Puis la conversation s'éloigne peu à peu du sujet pour des choses plus légères, les « crises d'ados » des deux plus grands, elle et le fils des amis, ah, Gad Elmaleh, quand même, il était plus drôle avant d'être célèbre, les réformes des collèges...

     

    Elle s'endort sur le canapé, comme à son habitude. Se réveille juste pour retourner dans son lit.

     

    Et le lendemain.

     

    La réalité qui de nouveau la frappe.

     

    Quelques larmes, encore, puis un poème, pas le meilleur qu'elle ait écrit mais ça la démangeait, et puis la radio, allumée en permanence, les médias...

     

     

     

    Le dimanche se passe dans une sorte de brouillard.

     

    Elle n'en garde pas de souvenirs précis si ce n'est les dizaines d'articles qui défilent sous ses yeux et la boule qui lui tord le ventre.

     

    Elle ne veut pas aller au collège, demain.

     

    Elle ne veut pas affronter la douleur des autres.

     

    La sienne pèse déjà trop lourd sur son cœur.

     

    Cette nuit là, elle dort mal.

     

    Ne ferme pas les yeux avant minuit.

     

    Au matin, son réveil sonne, la faisant émerger d'une nuit trop courte à son goût.

     

    Elle se prépare, mécaniquement.

     

    Comme tout les lundis matins, elle est seule.

     

    La seule chanceuse à commencer à dix heures.

     

    Et comme tous les lundis matins, elle est en avance.

     

    A neuf heures, elle est déjà prête, dents brossées, habillée en noir, sauf son tee-shirt bleu clair - d'une part parce qu'elle n'avait rien de noir en haut et ensuite, pour l'espoir -, table du petit déjeuner rangée, devoirs révisés.

     

    Elle allume la radio.

     

    Elle a l'habitude de le faire, pour meubler le silence.

     

    Et c'est le ballet de la douleur qui revient.

     

    Encore.

     

    Toujours.

     

    Elle l'écoute pendant vingt minutes.

     

    Puis, d'un geste rageur, l'éteint.

     

    Elle prend son sac de cours, bourré à craquer, ainsi que ses clefs et sort de la maison.

     

    Elle part pour le collège.

     

    Dehors, il bruine.

     

    Elle est en avance.

     

    Peu importe, elle se met à marcher, le visage tourné vers le ciel.

     

    Elle aime la bruine.

     

    Les fines gouttelettes lui picotent la peau.

     

    Elle marche d'un bon pas, même si elle a le temps.

     

    En à peine vingt-cinq minutes, elle est arrivée.

     

    Un nouveau record, peut-être.

     

    Normalement, elle en met trente-cinq.

     

    Il y a déjà du monde, devant les grilles.

     

    Des élèves de sa classe, pour la plupart.

     

    Elle se dirige vers un groupe de filles.

     

    Le ton monte, là bas.

     

    Pas de dispute, d'opinions divergents, non, seulement une rage qui ne peut pas être contenue.

     

    Elle l'écoute. Ecoute ses amis, ses copains, parler, parler, hurler leur rage, leur indignation.

     

    Elle ne dit rien. Pas bavarde, comme à son habitude.

     

    Sa rage, elle l'a hurlé dans les ruelles désertes de sa petite ville, sur ses feuilles à carreaux, sur ses recherches frénétiques.

     

    La cloche sonne. Un surveillant ouvre la grille.
    Ils entrent dans la cour, discutent encore quelques minutes avant la deuxième sonnerie annonçant la fin de la récréation.

     

    Ils gagnent dans l'habituel chaos des couloirs, la salle de Sciences de la Vie et de la Terre.

     

    Un contrôle les attend.

     

    L'heure passent, les minutes égrenant questions de leçon et schémas fonctionnels.

     

    Au cours d'après, français.

     

    Puis vient la minute de silence.

     

    La sirène de la mairie retentit.

     

    Chacun se fige.

     

    Cette sirène forte, grave, solennelle, endeuillée.

     

    Une minute.

     

    Brève.

     

    Éternelle.

     

    Quand elle meure, les élèves relèvent la tête.

     

    Se regardent, regarde leur professeur.

     

    Personne n'ose prendre la parole.

     

    Personne ne prend la parole.

     

    Comme si ce silence était impossible à briser.

     

    Puis, la sonnerie de fin de cours retentit à son tour.

     

    Les conversations reprennent.

     

    Ils sortent de leur classe, descendent, rangent leur sacs dans leurs casiers dans l'habituel chambardement.

     

    Le repas est agité.

     

    Tout le monde est sur les nerfs.

     

    Puis vient le cours d'histoire-géographie.

     

    Le cours qu'elle redoute.

     

    Le prof l'a préparé entièrement sur le terrorisme.

     

    Elle en ressort choquée.

     

    Choquée par la violence dont a fait preuve son professeur.

     

    Il n'a pas été particulièrement cru, non. Il leur a expliqué tout ce qu'ils ne savaient pas, sur le développement du terrorisme, sur les conneries qu'avaient dites certains, sur la revendication de Daech.

     

    Elle est encore plus troublée qu'auparavant.

     

    L'acrosport se déroule dans un brouillard de cris, d'énervement, d'épuisement.

     

    Elle rentre chez elle sous une pluie battante. Il est cinq heures, la nuit tombe.

     

    Puis elle lit.

     

    Les livres... son moyen de s'évader.

     

    Le lendemain, la journée commence mal.

     

    Ils sont en train de faire un raid à Saint Denis.

     

    D'office, ça lui colle un mal de crâne.

     

    Elle en a marre des actions militaires, de la politique...

     

    La journée se déroule dans la même brume que la veille.

     

    Elle commence à se demander si il finira un jour, ce cauchemar...

     

    Un cauchemar...

     

    Elle voudrait le croire, elle voudrait encore penser qu'elle se réveillerai bientôt mais au fond d'elle...

     

     

     

    Les heures passent, les unes après les autres.

     

    S'égrennent.

     

    Lentement.

     

    Vient la fin des cours.

     

    Eternelle routine.

     

    Peu avant dix-neuf heures, elle part pour son cours de danse.

     

    Un sourire se dessine sur ses lèvres. Elle va pouvoir danser.

     

    Et effectivement, elle danse.

     

    Mieux que jamais peut-être.

     

    Et sa danse, ces mouvements répétés mille fois, font renaître une sensation qui lui a cruellement manqué.

     

    Espoir.

     

    Espoir qu'un jour.

     

    Peut-être.

     

    Et ce peut-être réveille tous les possibles.

     


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  • Ils étaient assis sur un banc, seuls au bord de la rivière.
    Chacun aimait l’autre sans pouvoir le dire.
    L’une était muette. L’autre était sourd. Mais ils s’aimaient.
    Il regarda la forêt qui s’étendait devant eux.
    Elle n’était pas sombre et noire, comme les forêts de pins dans les films d’horreur où les héros trouvaient des vampires et des loups-garous. Non. C’était une forêt claire, avec des chênes, des peupliers, des hêtres, des châtaigners, quelques tilleuls aussi.
    Cette forêt représentait leur enfance, calme, douce et apaisante. Il se remémora le temps des cabanes qu’ils avaient voulu suspendre dans les arbres, jusqu’à ce qu’il tombe du haut d’un jeune châtaigner. Il avait atterri dans un tas de feuilles en riant.
    Et il avait eu la peur de sa vie.
    Alors, ils avaient commencé leurs escapades, allant toujours plus loin.
    Et ils avaient trouvé cet endroit magique. Cet endroit avec un cours d’eau qui s’écoulait, tranquille, devant l’orée de la forêt.
    Ils l’avaient tout de suite aimé.
    Ils avaient suivi le fleuve jusqu’à pouvoir le traverser à pied, puis ils s’étaient assis sur le banc qui les attendait là. Ils étaient restés des heures à contempler l’endroit, et elle avait dit son premier mot.
    Beau.
    Il ne l’avait pas entendue, mais il avait lu sur ses lèvres et avait compris.
    Depuis, il ne s’aventuraient dans la forêt que dans cet unique but, la traverser pour s’asseoir sur le banc.
    Elle réussissait à parler chaque jour un peu plus tandis que lui entendait chaque jour un peu mieux. Ils ne s’exprimaient que pendant cet instant.
    Puis vint une invitée indésirable qui s’immisça dans leur vie.
    L’ancien du village répétait souvent que les meilleurs s’en allaient les premiers.
    Il était assis sur un banc, seul au bord de la rivière.
    Et il pleurait.


    Fait d’après le tableau proposé par Cal.
    Merci, Louise !


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  • 1915

     

     

     

    Rideaux fermés.

     

    La salle est vide.

     

    La salle est vide, la salle est silence. Pour quelques instants encore. Jusqu’à ce que l’auditoire vienne assassiner la quiétude du lieu sans même en prendre conscience.

     

    Voilà ce qu’elle attend, dans l’ombre. Un crime.

     

    Un crime parmi tant d’autres, ce crime qui la ramènera à la vie une ultime fois. Ou la tuera. Elle triomphera ou elle mourra. Il n’y a point d’alternatives.

     

    Elle n’a vécu que par la scène. Si elle meurt, ce sera sur les planches. Sa mort sera son dernier rôle, le plus magistral sans doute.

     

    Elle attend, dans l’ombre, sa renaissance ou sa mort. Son visage, masque d’albâtre inchangé depuis ses débuts, est dénué de toute émotion tangible.

     

    Ses sentiments, elle les réserve pour la scène. Elle n’est elle qu’à travers ses rôles. Est-elle quelqu’un, au fond, si elle ne peut se targuer d’être Lorenzaccio et Lady Macbeth, la Dame aux Camélias et l’Aiglon, Phèdre et Cyrano ?

     

    Non. Elle n’est personne et elle le sait. Toute sa vie s’est construite autour des mots d’autres. Son plus beau rôle, c’est son existence entière. Elle n’a vécu que pour les autres, elle n’a joué que pour eux, n’a dilué son âme et son identité dans le théâtre que pour leur plaire.

     

    Elle voulait être admirée. Elle voulait prendre sa revanche sur cette vie qui l’a faite naître souillon. Elle se serait damnée pour cela.

     

    Elle a joué. Et elle a gagné.

     

    Elle est l’idole. D’une ville. D’un peuple. D’un monde. D’une époque. Qui se souvient à présent qu’on la nommait la Négresse blonde lorsqu’elle était encore jeune, pure, naïve et vulnérable ?

     

    Personne.

     

    Elle est l’Immortelle, la Divine, la Voix d’Or. Jeune elle n’est plus. Elle traîne ses soixante-et-onze ans comme un fardeau qui cependant ne se lit pas sur son visage parfait. Pure elle n’est plus. Elle a délayé sa vertu passée dans le jeu et l’amour. Naïve elle n’est plus. Son cœur s’est approprié l’expérience de ceux qu’elle a interprétés. Vulnérable elle n’est plus. Elle n’est plus cette gamine chétive et maladive qui répétait inlassablement les vers d’Athalie dans l’obscurité du dortoir.

     

    Non. Plus rien de tout cela.

     

    Elle est l’Immortelle, la Divine, la Voix d’Or. La Muse d’une époque toute entière. La Sans-pareille. Le Monstre Sacré. Sarah. Simplement Sarah.

     

    Et lorsque l’on dit son nom, on le dit comme celui d’une autre, d’un rôle, d’un énième rôle –le plus complexe et le plus maîtrisé certainement. Rôle qui trouvera sans doute son tragique final aujourd’hui, à rideaux ouverts.

     

    Comme il a débuté.

     

     

     

    Rideaux fermés.

     

    Le public s’installe. Sont-ils ici pour voir celle qu’on adule dans la plénitude de son art ou pour contempler sa chute en voyeur, pour se repaître de la défaite d’une déesse qui refuse de rendre les armes et d’avouer son humaine condition ?

     

    Nul ne le sait. Peut-être pas même eux.

     

    Tous partagent inconsciemment la même pensée. Celle d’une déesse morcelée, d’une idole de porcelaine défigurée par la perte d’une jambe. Un rôle incomplet.

     

    La maladie à jouer est cette fois réelle. Ce n’est plus une tuberculose feinte, une folie morbide, un amour destructeur qu’elle doit incarner. Son corps mutilé devrait plier.

     

    Sans doute devrait-elle rejoindre ceux qui l’ont construite dans la mort.

     

    Sans doute devrait-elle se laisser poignarder et glisser dans la lagune comme Lorenzaccio.

     

    Sans doute devrait-elle introduire elle-même le poison dans ses veines, dans un dernier élan de panache, telle Phèdre.

     

    Sans doute devrait-elle suivre dans la déchéance son corps comme Dona Sol suivit dans la mort son amour.

     

    Ou du moins accepter de renoncer à être Divine et à se fondre dans l’anonymat, à se perdre par amour comme Junie.

     

    Sans doute. Mais Sarah refuse. Elle refuse d’être une Marguerite Gautier se mourant seule, abandonnée et sans ressources, hors du théâtre, hors de sa vie.

     

    Elle mourra sur scène, récitera jusqu’à son dernier souffle les vers d’une pièce.

     

     

     

    Rideaux fermés.

     

    Les trois coups résonnent.

     

    Un cri. « La voici ! »

     

    Le spectateur impudent se moque de la jambe de bois qu’elle doit porter. Voilà à quoi en est réduite Sarah. Un objet de raillerie. Elle, la Divine, la beauté parfaite que tous admiraient.

     

    De l’autre côté des rideaux, Sarah ne réagit pas à ces lazzis, ni aux rires qui s’ensuivent. Elle est de marbre. Elle est de glace.

     

    Elle ne joue pas encore.

     

    Les rires titubent de gorge en gorge.

     

    Elle ne joue pas encore.

     

     

     

    Rideaux ouverts.

     

    Les rires s’éteignent. Se meurent dans les gorges. Agonie accélérée. Puis silence.

     

    Elle est là.

     

    Son visage parfait dont l’ovale se détache, pur et nacré, dans l’obscurité. Ses iris, minéraux, verts mâtinés de gris, cabochons précieux enchâssés dans une gangue d’albâtre, illuminent son visage de porcelaine. Ses lèvres, sublimes, ciselées, humides, happent déjà l’air avant de pouvoir articuler son texte. L’écume mousseuse de sa chevelure ambrée se déploie autour de son visage comme l’auréole d’un ange.

     

    Elle n’est pas jolie.

     

    Elle est pire.

     

     

     

    Rideaux ouverts.

     

    Parmi ces trois silhouettes de comédiens rencognés dans leurs fauteuils, le public n’a d’yeux que pour Sarah.

     

    Frêle.

     

    Belle.

     

    Les autres sont oubliés. Les autres n’ont aucune importance. Il n’y a qu’elle.

     

    Les regardent descendent indécemment, instinctivement, vers la jambe droite.

     

    L’absence de jambe droite.

     

    Le tissu flotte sur son corps menu. Puis s’affaisse avec douceur, douleur, sur le tissu de l’assise. Il semble s’excuser de devoir cacher cette infamie faite à l’intégrité d’un mythe.

     

     

     

    Rideaux ouverts.

     

    Elle arrache à sa gorge ses premiers sons, rauques. Les cous se tendent pour mieux entendre.

     

    Sarah joue.

     

    Elle n’est plus Sarah.

     

    A cet instant, toute entière, elle est la Cathédrale de Strasbourg, et plus personne d’autre.

     

    Sa Voix légendaire enfle, âpre comme le feulement d’une bête, sa Voix mue pour devenir celui de cet édifice vieux de neuf cents ans, témoin de décadence et de grandeur humaines.

     

    On croit entendre le gémissement des pierres de grès roses, on sent entre ses lèvres le vent qui bat le clocher, on ressent dans toute les fibres de son être la haine et l’amour, intimement mêlés, la guerre et la paix, Sarah et la Cathédrale, la Cathédrale et Sarah, unies, à jamais unies.

     

    Sarah ne fait pas que lui prêter sa voix.

     

    Sarah est la Cathédrale de Strasbourg.

     

    Peau de pierre, peau de grès.

     

    Le mythe brisé flamboie plus que jamais. Elle est la Divine, l’Immortelle, la Voix d’Or, le Monstre Sacré, la Muse d’une époque.

     

    Elle n’était plus rien et la voilà tout.

     

    Le public se perd dans ses mots, dans sa contemplation.

     

    Sarah est entière. Malgré sa jambe, malgré tout, la légende vit.

     

    Plus forte que jamais.

     

     

     

    Rideaux ouverts.

     

    Sa Voix croît démesurément, emplit tout l’espace à sa portée.

     

    Et puis l’impensable.

     

    Sarah, dans un effort ultime, transcendant, se dresse sur sa jambe unique.

     

    Debout comme la Cathédrale.

     

    Sarah est la Cathédrale de Strasbourg.

     

    Et elle hurle.

     

    La Cathédrale hurle sa haine.

     

    « Pleure, pleure Allemagne, l’aigle allemand est tombé dans le Rhin ! »

     

    La Voix d’Or éclipse le monde, l’univers entier. Il n’y a plus qu’elle.

     

    Un dernier cri. Dernier.

     

    « Aux armes ! »

     

    « Aux armes ! »

     

    La salle est debout, réunis par une euphorie qui tend vers la folie. Elle hurle à son tour, son amour pour la Divine. On rit. On crie. On pleure surtout. Un miracle. C’est un miracle.

     

    Un son surplombe tous les autres. Le bruit de milliers de mains, frappée les unes contre les autres dans une inexplicable ardeur. On applaudit Sarah, seulement Sarah.

     

    Elle revient à la vie.

     

     

     

    Rideaux fermés.

     

    Sarah retombe dans son fauteuil.

     

    Ereintée. Heureuse. Vivante.

     

    Quand même.

     

    Sarah Bernhardt.

     

    Immortelle Muse.


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  •  - Tu peux toucher, ça ne mord pas !

     

    Le jeune homme en face d’elle lui jette un regard qui dit en substance ne te moque pas de moi. Elle s’esclaffe.

     - Allez, touche !

     

    Il passe deux doigts timides sur le bois du violon.

     - Mais qu’est-ce que vous avez tous, avec votre… Votre façon de le caresser quasi-religieuse ? C’est un instrument de musique, pas un dieu sur terre !

     

    Elle rit de plus belle.

     

    C’est une fille au visage de lutin, pommettes hautes et nez retroussé, aux cheveux châtains qui dansent la gigue autour de son visage fluet, aux yeux bleus qui lui mangent le visage. Une fille toute petite et toute menue qui flotte dans sa chemise rouge.

     - Regarde comment il faut faire !

     

    Cette façon d’être si sûre d’elle impressionne le garçon. Mais, bravache, il déclare :

     - C’est bon, j’ai compris…

    - Nan… T’as pas compris… Personne n’a encore compris…

     

    Elle parle le français avec une pointe d’accent. Langue de l’Est ou langue du Sud ? Tout semble se mélanger dans son timbre sautillant.

     - Le truc, commence-t-elle laborieusement, le truc, c’est que… Vous voulez le respecter, faire attention à ne pas casser les cordes ou je ne sais quoi mais… Vous n’avez rien compris…

     

    Pensive, elle replace une boucle dans son bonnet. Se mord les doigts. Poursuit.

     - C’est un violon, ça coûte cher, c’est dur à fabriquer et tout ce que tu veux mais… Ça reste un intermédiaire… Un instrument justement… Pas une fin en soi…

     

    Elle souffle, comme si elle fumait, une bouffée de… De quoi ?

     

    Une bouffée d’appréhension, de douleur, de peur, d’excitation, mais à œil et oreille nus cela ne s’entend pas…

     - Un violon, c’est quatre cordes, soixante-et-onze pièces de bois, et pas beaucoup plus. Un violon, c’est une toute petite parcelle de réalité. Une poussière, un clin d’œil, un grain de sable dans l’univers. Et je ne parle pas seulement des violons bas de gamme que le mélomane du dimanche exhibe pour faire glousser de contentement ses amis. Je parle de tous les violons, d’un Stradivarius aussi si ça te chante –de tout, de tous. Un violon seul, ce n’est rien.

     

    Il s’apprête à protester mais elle lui jette un regard impérieux.

     - Un violon, c’est pas infini, personne ne peut te mentir sur ça. Un violon ne vaut rien, mais l’étincelle que tu produis en jouant avec, en laissant tes doigts courir pizzicato, en violentant son calme avec ton archet –ça, ça c’est ce qu’on appelle de l’Art. Une étincelle, ça vient d’un frottement, et il faut que tu te frottes avec ton violon pour que ce soit Beau. Si tu te contentes de poser deux doigts mous et amorphes sur une surface vernis, ça sert à rien ! Strictement à rien 

    - Tu parles bien.

     

    La lutine ne répond pas.

     

    Elle saisit l’instrument. Le cale contre son menton.

     

    Pose l’archet sur les cordes.

     

    Tire. Flux. Reflux.

     

    Pince. Maltraite. Relâche.

     

    Impact entre les cordes, les émotions, les sensations.

     

    Elle et son violon.

     

    Cohésion.

     

    Fusion.

     

    Ne joue pas comme on s’y attend. C’est une musique qui bouge, qui hurle, qui saute, une musique qui crie j’existe ! je compte ! je vis ! une musique qui tressaute entre ses doigts et le bois, une musique qui prend aux tripes, fait se retourner ceux qui étaient indifférents jusque-là, une musique…

     

    Une Musique.

     

    Elle danse insensiblement sur la mélodie, accorde ses pas au tempo, glisse ses pieds dans l’herbe, se lève sur les pointes, se tord, se courbe, glisse au sol et remonte.

     

    Son corps est un roseau malmené par le vent.

     

    Et elle s’arrête.

     

    Essoufflée. Effarée. Heureuse.

     - Non. Je ne parle pas bien.

     

    Il sursaute. Il avait oublié.

     - Si je savais parler, je ne jouerais pas avec mon violon. Je ne le titillerais pas comme je fais, je ne le torturerais pas, ne le cajolerais pas –d’ailleurs, j’aurais pas de violon. Mais tu vois, je suis nulle en mots. J’ai rien à dire qui ne soit pas creux. Alors j’ai choisi mon mode d’expression. Moi, c’est le violon…

     

    Et elle tourne les talons.

     

    Comme si tout était déjà dit –ou que la suite ne méritait pas d’être contée.


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  • Sidération.

    Etat de sidération.

    Alors c’est comme ça qu’on dit ? Alors c’est comme ça qu’on aurait dû dire, la fille figée dans son salon, là, elle est en état de sidération ?

    Elle est toute petite, elle est toute seule, seule et à demi accroupie au centre de la pièce, immobile et glacée. Elle est en état de sidération face à la voix qui s’extrait du téléviseur en face d’elle, qui semble gonfler, emplir la pièce et l’espace, et soudain elle tremble–

    Rien que ça–

    Rien que ça–

    Et soudain elle hurle–

    Pas ça, plus ça–

    Et d’autres mots qu’elle ne comprend pas.

      

    Cette fille n’a jamais abusé, de rien. N’a jamais rien consommé d’illégal. Rien fait de licitement réprouvable. Cette fille est dans la norme, politiquement correcte, peut être bien fière dans ses petits souliers de bonne citoyenne française. 

    Pourtant cette nuit-là elle se drogue.

    Comme des millions d’autres au même instant.

    La tête entre les mains. Le café pour tenir.

    Se drogue aux infos, aux sites d’actualités, à la radio.

    Mais rien ne peut étancher sa soif.

    Elle veut tout savoir. Elle voudrait entendre que c’est bon, tout le monde est sauf.

    Mais personne n’ose mentir.

    Il y a eu des morts, beaucoup, il y en aura encore, trop.

    Ils le disent tous.

    Cette fille a l’impression de boire à petites gorgées le sang des morts, de l’absorber et de le faire sien.

    C’est tellement macabre.

      

    Elle se sent coupable.

    Une sensation insidieuse qui vient lui engourdir les membres. Une douleur qui tisse sa toile dans son corps. Envisage de s’y installer. Une impression de souillure qui l’empêche de respirer, comme si on coupait sa gorge de coton.

    Elle étouffe.

    Elle étouffe.

    Elle ne parvient à vomir que de la bile.

     

    Elle n’a pas pu dormir. Elle ne se sent pas de dormir quand d’autres agonisent.

    La fille dissout dans de l’eau froide des vitamines compactées en comprimés. Avale. Beuh.

    Un goût de fer, un goût de sang.

     

    Se lève. Saisit enfin l’appareil qu’elle avait occulté pendant toute la soirée de hier.

    Son portable.

    Elle avait trop peur d’appeler une de ses connaissances parisiennes et de tomber sur son répondeur. Aujourd’hui la fille ne se sent pas plus forte mais elle est simplement

    Anesthésiée.

     

    Elle n’a pas encore pleuré. Pleurer c’est admettre. Elle n’a pas admis.

    Elle vit encore dans le déni.

    Elle a peur mais c’est abstrait. Peur de quoi elle ne saurait le dire. Mais elle en tremble de peur, d’une peur sans fondement.

    Elle ne réalise pas.

     

    Cette fille allume son portable. 

    Ses doigts survolent la liste des contacts. Elle dévisage, envisage. Qui choisir.

    Elle sélectionne Natacha au hasard.

    Tacha Verneuil, son amie de lycée… Qui habite dans le onze ou douzième arrondissement elle croit… Elle ne sait plus très bien…

    Elle écrit un message.

                    Tu es où ?

    Doit se faire violence pour pouvoir l’envoyer.

    Une fois qu’elle a réussi une fois, c’est plus facile de réitérer le geste. Des Tu es où ? ou des Ça va ? fleurissent sous ses doigts. Elle expédie les sms sans trêve.

    Elle ne s’était jamais rendue compte du nombre de ses connaissances qui habitent à Paris.

     

    La fille reçoit des messages de soulagement. Des je vais bien. Des ne t’inquiète pas. Un ou deux appels, un ami notamment, qui a perdu sa sœur dans une fusillade.

                    Elle est morte Chloé elle est morte tu te rends compte Chloé non tu ne peux pas j’ai entendu les coups de feu j’ai pas osé descendre non c’est pas ça j’ai pas compris au début je croyais que c’étaient des pétards je sais pas comment j’aurais pu m’imaginer que mon Dieu qu’il y avait des gens qui mourraient juste au pied de la porte comment je pouvais savoir que ma sœur n’allait pas rentrer est-ce que si j’étais descendu j’aurais pu éviter ça est-ce qu’elle serait encore vivante et…

                    Je comprends.

    Elle répond ça, cette fille, Chloé.

    Alors que ce n’est pas vrai. Elle ne comprend pas –elle ne peut pas comprendre. Personne n’est mort pour elle, ou pas encore.

    Et elle n’a toujours pas réalisé.

     

    Natacha n’a toujours pas répondu. Une psychose qu’elle ne comprend pas névrose l’esprit de Chloé. Elle envoie un 

                    Ne sors pas

    Alors qu’elle devrait savoir que le danger c’était avant. Le vendredi au soir. Plus maintenant.

     

    L’heure passe. Chloé est affalée dans un fauteuil et elle tente de lire L’écume des jours en râlant contre la télévision qui la gêne dans sa lecture –la télévision qu’elle ne parvient pas à éteindre.

    Les mots la percutent et résonnent en elle.

                    On dénombre à présent 128 morts.

    Elle est agitée par un incompréhensible haut-le-cœur.

                    Réponds Natacha je t’en supplie.

    Natacha ne répond pas.

    Chloé commence à comprendre.

                    Natacha j’ai peur pour toi je t’en supplie.

     

    C’est par Kathel qu’elle finit par avoir le dernier mot. 

                    Allo, Chloé… ?

                    C’est moi.

    Une crise de sanglots secs à l’autre bout du fil.

                    C’est terrible… C’est horrible…

                    Kathel ? Kathel qu’est-ce qu’il se passe ?

                    J’y étais… J’y étais putain j’y étais…

    Chloé sent la sueur lui tremper le dos.

    Glacée.

                    Tu étais où Kathel ?

    Elle ne dit rien en retour.

                    Kathel !

    Sa voix au supplice.

                    Je les ai vus Chloé… Je les ai vus mourir… Il y avait une jeune fille juste… Juste à côté de moi… Ses yeux, tu aurais vu ses yeux quand elle s’est pris une balle dans… Dans le cœur…

    Souffle. Souffre.

                    Ils sont restés grands… Grands ouverts… Immenses… Une telle terreur… Elle savait qu’elle allait mourir…

                    Tais-toi.

                    Elle les avait tellement clairs. Verts. Hagards. Perdus. Elle a juste dit Non quand elle sa poitrine a explosé sous l’impact, juste Non pas comme ça –et puis elle est morte.

                    Je m’en fous. Je ne veux pas savoir.

    Les mains de Chloé tremblent.

                    Il y avait un garçon avec elle et…

                    Tais-toi je t’en supplie tais-toi !

                    Et il n’a pas compris il l’a prise dans ses bras il a hurlé deux trois fois son prénom Clara ! je me souviens, Clara !

                    Je t’en prie…

                    Et puis il est mort aussi.

    Un silence.

    Pourquoi moi je suis vivante ?

    Je ne sais pas Kathel tais-toi.

    Evidemment que tu ne sais pas. Personne ne sait.

    Amertume.

    Sa voix se radoucit quand elle dit

                    J’étais à ce concert avec Natacha et un mec que tu ne connais… connaissais pas… Sandro… Mort…

    Chloé pleure. Elle se sent étrangement, égoïstement, coupablement soulagée que ce soit cet homme qu’elle ne connaissait pas qui ait été fauché en plein élan.

                    Natacha ?

    Elle demande.

                    Transférée à la Pitié-Salpêtrière mais…

    Kathel hésite, comme si le mot contenait plus de douleur encore que les faits et les souvenirs.

                    Vivante.

                    C’est bien.

                    Oui.

    Chloé raccroche.

     

    Kathel rappelle. 

                    Quoi encore ?

    Chloé a peur et on le sent dans sa voix.

                    Leurs visages.

                    Quoi, leurs visages.

                    Les terroristes.

    Sa gorge se noue.

                    Quoi ?

                    Ils étaient à visage découvert. C’est drôle de voir comme l’endoctrinement pur, la haine sans borne, la bêtise humaine personnifiée, eh bien, c’est drôle de voir comme elle nous ressemble.

    Elle éclate d’un rire sans joie et

    Elle raccroche.

     

    Chloé dans le tram ce matin.

    Tout le monde se regarde en chien de faïence. On n’est pas à Paris pourtant… On est à Strasbourg… Mais c’est pareil, ma pauvre dame ; Strasbourg c’est en France et la France a peur. 

    Voyez la crispation soudaine de tous les passagers quand

    Un homme visiblement d’origine maghrébine débarque.

    Vous avez peur de quoi connards ? Qu’il vous plante un couteau dans le dos ? Qu’il se fasse exploser ?

    Eh ! Regardez son visage ! C’est pas le visage d’un meurtrier, ça… C’est pas les mains d’un meurtrier… Ni la peau d’un meurtrier…

    S’il avait quoi que ce soit de vraiment grave à commettre, ça se verrait sur son visage il suinterait quelque chose. Mais là ! Regardez-le ! Son visage est une toile vierge !

    Chloé ne parvient pas à dire ces mots qu’elle pense si fort.

     

    Et soudain un cri

                    Putain mais vous croyez quoi ? Bien sûr qu’on va y passer aussi qu’on est les prochains sur la liste ! Ils n’ont pas défoncé la capitale de la France pour foutre la paix à celle de l’Europe !

    Il s’effondre en larmes.

    Chloé se sent mal.

    Elle n’ose rien dire. 

    Un goût de sang dans sa bouche.

     

     

    Ce texte a été écrit à partir des témoignages qui ont circulé toute la journée –et de ce que j’ai vécu.


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