•  

    Elle me manque. Il n'y avait qu'elle pour dire que j'étais jolie, pour me consoler quand j'en avais besoin, pour m'aider quand les camarades me faisaient des misères.

     

    Quand elle était encore là, elle me parlait d'étincelles dans les yeux. Elle disait que les yeux étaient le reflet de l'âme. Que les miens pétillaient. Qu'on sentait la curiosité et la joie de vivre.

     

    Elle a disparu. Purée Mamie-Louise, elle aurait pas pu attendre un peu ? Que j'aille un peu mieux, que je sois épanouie ? Moi je lui écris, tous les soirs, en venant sur sa tombe.

     

    Tous les jours. Si maman savait... Elle m'interdirait de sortir de la maison. Mais je m'en fiche, j'irais quand même.

     

    Elle me parlait d'étincelles dans mes yeux. Dans ce monde, il y a pas d'étincelles. C'est fade, c'est moche, c'est terne.

     

    Et dans tout ça, je brille. Puisque moi, j'ai des étincelles. Mais j'ai pas le courage de les assumer.

     

    Un jour, j'assumerai mes étincelles. Un jour, je t'emmènerais loin, loin, loin d'ici. Loin de ce monde sans étincelles et où toute seule, je brille. Loin de ce monde de souffrance.

     

    Un jour, je t'emmènerais là où il y a encore des étincelles. Je t'entraînerais avec moi dans le pays de l'amour.

     


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  • I.

    Ambre

    Valentin... Ce garçon, il était tellement chelou... Il ne souriait jamais. Il entrait, tête baissée dans les salles de classe et faisait toujours la tête. Peut-être qu'avec Marie, il souriait. En tous cas, moi je n'ai jamais entendu le son de sa voix.

    II.

    Marie

    Valentin m'a souri. Trois ou quatre fois. On s'aimait, tous les deux. Mais il était de nature triste. C'est vraiment dommage qu'il ait quitté le collège. La quatrième, sans lui, c'est nul.

    III.

    Professeur de musique

    Avec l'équipe pédagogique, nous nous moquions de Valentin. En secret. Ce n'était vraiment pas cool, c'était un peu comme l'hôpital qui se fout de la charité. Je crois qu'un jour, Valentin l'a senti. Il s'est senti blessé, je pense.

    IV.

    François

    Valentin... Ce garçon, je le détestais. La façon dont il dédaignait les autres garçons pour aller vers les filles me répugnait. Je suis bien content qu'il soit parti, ce gars-là.

    V.

    Marie

    J'ai promis à Valentin de ne rien dire. C'est un serment, une promesse. Quelquefois, il m'écrit.

    VI.

    Marie,

    Ici, en Allemagne, ça va. Mais j'ai quand même peur. Si jamais mon père découvrait... Il n'hésiterait pas.

     Notre serment, je t'en délivre. Parles-en maintenant. Dis-leur que je ne m'appelle pas Valentin. Je ne me suis jamais appelé comme ça. Non, ici j'ai retrouvé ma vraie identité. Ici, je m'appelle Jeanne.

    Jeanne.

     

    VII.

    Marie.

    Ça vous gêne que Jeanne et moi on se soit aimé ? On a le droit de s'aimer, même entre filles. Le père de Jeanne la battait. Jeanne, elle s'est enfuie et déguisée en garçon. Elle ne voulait pas qu'on le découvre. Et vous, vous avez mis la main sur cette lettre, vous allez publier ça dans un article. Vous les journalistes ! Pourquoi vous êtes venus fouiner ici ?

     

    VIII.

     

    Madame, Monsieur,

    Après la tentative de suicide d'une élève dont nous tairons le nom et qui va bien, nous vous rassurons, le collège Eugène Poubelle est provisoirement fermé. Les élèves seront pris en charge par le collège Louis Braille.

    Nous souhaitons vous dire que le collège n'est en rien responsable de la tentative de cette enfant. C'était juste le lieu où elle voulait accomplir cette idée qu'elle avait en tête.

    Salutations distinguées,

    Le principal du collège.

     

     

    Nouvelle écrite en début d'année.

     


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  • Hum hum.

    *s'éclaircie la gorge*

    ON SE RÉVEILLE, LES GENS !

    Je crains que le projet ne soit en train de végéter, non ?

     

    Donc,

    1) Il faudrait faire des demandes de nouvelles, savoir si vous en avez à proposer, etc.

    2) Commencer à faire le tri, les corrections, etc.

    3)

     

    ALLEEEEEZ !


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  • Je poste le texte d'Etincelle... (désolée, je n'ai pas eu le temps de le lire)

     

     

    Le Fort en Lettre

     

    Image 1

     

     

     

    Shilin et Gurdong

     

     

     

    Il faisait froid cette nuit-là. Il pleuvait des cordes, de véritables trombes d'eau qui tombaient du ciel comme par enchantement. On eut dit que le ciel en charpie déversait un flot infini. Mais en vérité je ne m'en souciais pas. Je ne ressentais ni le vent violent qui s'acharnait sur mon corps, ni le martèlement incessant de la pluie. Le froid ne m’atteignait pas ; au contraire, j'avais l'impression que mon corps tout entier, enflammé, se consumait, mon sang me brûlait, ma haine me détruisait de l'intérieur. Jamais je n'avais autant été en colère, jamais je n'avais si intensément souhaité la mort d'êtres humains.

     

    La mort ! C'était tout ce qu'ils méritaient !

     

    La souffrance, la fin, le vide ! Rien d'autre !

     

    Je tombai à genoux. Une longue estafilade sanglante me barrait le flanc. Je ne la sentais pas. Oui, moi aussi, j'aurais voulu être englouti par l'orage et le feu.

     

    Le poing tendu vers le ciel, serré si fort que mes ongles m'entaillaient la paume, je poussai un hurlement de douleur.

     

     

     

    Le lendemain, avec les premiers rayons du soleil, ma douleur se réveilla. Ma plaie me faisait souffrir, comme si elle venait juste d'apparaître. Cependant, elle m'affectait beaucoup moins que mes souvenirs. Je revis la nuit, paisible, comme en flash ; j'entendis les sabots sur le sol, j’aperçus la bande de pillards armés entrer dans les maisons voisines, tuer les habitants. Dans des séquences courtes comme des photographies, je les revis voler les richesses et mettre le feu à toutes les constructions. En un éclair, je revis mon père se tourner vers moi, crier : « Sors par derrière, Ewan ! ». J'entendis les hurlements de mes sœurs, le bruit de la pluie impuissante face à l'incendie, je me revis courir, tomber, crier, errer, et m'effondrer.

     

    La tête entre les mains, je me mis à pleurer. Pourquoi les avais-je abandonnés ? Pourquoi étais-je vivant et pas eux ? Un cri de rage et de douleur m'échappa.

     

    -Ça va ? Tu as faim ? En même temps, c’est vrai que tu n'as rien mangé depuis un moment, et ça creuse les voyages… 

     

    Éberlué, je regardai autour de moi. À quelques centimètres de mon visage se tenait un cochon, très clame, l’œil compatissant. Paniqué, je tentai de reculer, mais mon dos se cogna contre un arbre. L'animal, lui, restait serein.

     

    -Arrête de le fixer comme ça, c'est malpoli, déclara une voix grave et posée.

     

    Je sursautai. Un chat se tenait à mes côtés, l'air ironique. Gêné, le cochon recula et s'excusa de sa voix pointue et craintive :

     

    -Oh, pardon ! Ça va ? Le voyage ne t'a pas dérangé ?

     

    J’observai mieux les alentours, sans répondre. Je ne reconnaissais rien ! Où m'avaient-ils emmenés ? Paniqué, je m'exclamai :

     

    -Où suis-je ? Qui êtes-vous ? Que m'avez-vous fait ? N'approchez pas !

     

    Le cri était sorti tout seul de ma bouche. Le cochon avait tendu son groin visqueux vers mon visage, et cela faisait trop. Je sautai sur mes pieds. Ma famille, mon village, et maintenant ma raison ! Pourquoi le sort s'acharnait-il ainsi sur moi ? Oui, je devais halluciner, ce n'était pas possible que ce soit la vérité ! Soudain je n'eus plus qu'un souhait : partir loin d'ici, et mourir.

     

    Mais le chat bondit souplement et me barra la route. Son œil brillait. Il était sauvage, indomptable, enflammé, pourtant ce fut d'une voix calme qu'il s'adressa à moi.

     

    -Je m'appelle Shilin et voici mon compagnon Gurdong. Nous sommes tes… amis. Nous t'avons trouvé mal en point et ramené ici pour t'aider. Maintenant, assieds-toi. Tu peux t'enfuir, mais sache que cela ne te servirait en rien. Tu ne connais pas ces terres. Tu ferais mieux de rester avec nous.

     

    Cela dit, il retourna aux côtés de Gurdong, sans me quitter des yeux. Sonné, je lui obéis. Que pouvais-je faire d'autre ?

     

    -Quel est ton nom ?, me demanda Shilin.

     

    -Ewan.

     

    Je n'aurais de toute façon rien pu articuler d'autre. Une image se présenta à mon esprit, celle de mon corps avachi sur Gurdong. Cela avait bien dû se passer comme ça… Mais même si c'était cocasse, je n'avais pas envie de rire.

     

    -Les animaux ne parlent pas.

     

    Cette phrase m'avait échappé sans que je m'en rende compte.

     

    -Eh bien, ne nous considère pas comme des animaux, conseilla aimablement Gurdong.

     

    -D'où venez-vous ?

     

    -De très loin d'ici, répliqua Shilin.

     

    -Ce n'est pas très précis.

     

    -C'est la vérité.

     

    -D'accord, mais…

     

    -As-tu faim ?, m'interrompit Gurdong.

     

    -Oui.

     

    Il me donna alors un repas excellent qui m'ôta toute question. Pendant les jours qui suivirent, je ne tentai pas de reparler du passé. À vrai dire, je me plaisais avec les deux animaux. J'aimais discuter avec Shilin, Gurdong me faisait rire, je mangeais bien. Je crois que c'était Shilin qui ramenait la nourriture. Cependant, un soir que je dévorais une brochette de viande tendre grillée sur le feu, Gurdong s'approcha de moi. Je le considérais comme un ami, et le dégoût que j'avais éprouvé pour lui n'était plus qu'un mauvais souvenir.

     

    Mais le cochon resta un moment immobile. Il avait les yeux bleutés, le regard rêveur.

     

    -Tu dois partir.

     

    Sa voix était profonde, grave, et des milliers d'échos semblaient répercuter ses paroles partout.

     

    -Pourquoi ?, soufflai-je le cœur soudain plein de mélancolie.

     

    -Tu dois partir.

     

    Cette voix qui semblait vieille, aussi âgée que le monde, et qui venait de partout et nulle part… Elle me donnait des frissons. Pourtant je n'avais pas peur. Oui, je devais partir. Ce n'était que trop clair. Je n'avais pas ma place ici, je devais m'en aller. La tristesse laissa place à une sérénité claire et simple.

     

    Sans un mot, je montai sur le dos de Gurdong. Shilin, les yeux opaques et légèrement bleus lui aussi se plaça à nos côtés. Le feu s'éteignit d'un coup. Il ne restait plus que les cendres…

     

    Soudain, Gurdong prit son élan et partit au galop. Le paysage devint flou, le cochon courait à une vitesse hallucinante, mais sans jamais menacer mon équilibre. Shilin courait lui aussi, et ils allaient si vite ! Nous traversâmes des champs, des forêts, des rivières. Cela ne dura qu'un instant, un instant où j’eus la sensation d'apercevoir le monde dans sa totalité. Puis les animaux s'arrêtèrent à l'endroit où j'étais tombé. Il y avait encore la marque dans l'herbe… Je descendis. J'avais l'impression de sortir d'un rêve. Shilin s'avança.

     

    -Ewan, nous devons te quitter. Mais avant, nous voulons t'expliquer pourquoi nous t'avons sauvé. Il fallait que tu comprennes que l'espoir fait vivre… Sans espoir, l'existence ne sert à rien.

     

    -N'oublie pas, Ewan…, ajouta Gurdong en me fixant gravement.

     

    Je les regardai, comme démuni, j'essayais de graver le souvenir de leurs traits dans ma mémoire, de leurs voix…

     

    Puis ils se mirent à courir. Presque aussitôt ils devinrent flous et disparurent complètement dans la nuit.

     

     

     

    J'ai rebâti le village, aimé et épousé une femme, fondé une merveilleuse famille. De nombreux amis m'ont aidé sur mon chemin. Chaque rencontre m'a appris, et m'a aidé à me construire une personnalité. Je n'ai jamais revu Gurdong et Shilin.

     

    Cependant, un soir, alors que j'étais très vieux et que ma fin était imminente, j'entendis distinctement deux voix dans la pièce voisine. Je reconnus instantanément mes visiteurs. Deux hommes d'âge mûr entrèrent, souriant et observant tout ce que j'avais construit avec approbation. Ils étaient humains, mais leurs yeux et certains traits de leur visage n'avaient pas changé.

     

    -Gurdong… Shilin. Je vais mourir.

     

    Alors Shilin me sourit.

     

    -Tu nous as écouté, Ewan. Tu as bâti de belles choses, mais plus que cela tu as bâti ta vie. Viens, maintenant. À ton tour de te reposer.

     

    Je ne sais pas comment, je me levai et nous nous mîmes à courir dans un champ. Je le reconnus comme un vieil ami ; c'était celui dans lequel je les avais rencontrés, celui qui avait changé ma vie. J'avais l'impression de m'envoler. Nous avons éteint les étoiles, et au-delà.

     

    Maintenant, écoutez-moi. Votre vie vous appartient.

     

    Mais sans espoir, l'existence ne mène à rien.

     

    Ne l'oubliez jamais.

     

     

     

    Ewan

     


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  • Les flammes rougeoient dans le ciel azuré, la fumée monte, envahit l’espace, elle rentre dans mes narines. J’ai l’impression d’étouffer, mes yeux pleurent. De grosses larmes coulent sur mes joues, laissant une trace grise sur ma paupière. Je l’essuie du bout des doigts, mais plus de pleurs arrivent et la poussière s’agrippe dans ma souffrance ; elle noircit tout.

     

    Au loin, les flammes montent, belles, puissantes. La petite fille les regarde, et elle court vers elles, l’innocence dans son regard, le ravissement dans ses yeux clairs. Les lèvres entrouvertes en un cri muet, elle sourit, et puis soudain, elle rit. L’émerveillement se lit sur son visage, et elle court encore plus vite : elle veut attraper ces images magnifiques, ces couleurs chatoyantes qui hurlent vers le ciel, une palette de tons et de sons si différents qui s’assemblent devant ses yeux pour former une peinture éblouissante. La lumière joue avec elle et la fillette veut jouer aussi.

    Elle n’entend pas les plaintes effrayées des adultes ; elle n’entend que la voix des flammes, que le chant du feu, son cœur qui bat au même rythme que le sien.

    Elle écoute.

    Ça fait boum, boum, boum.

    Elle aime bien écouter le feu.

    Et la petite fille continue de danser avec le feu ; elle virevolte entre les flammes, elle saute et puis elle tourne sur elle-même. « Il est gentil le feu, elle pense. Papa et maman, ils me laissent jamais faire ce que je veux ! » Alors elle danse, la fillette, elle virevolte et puis elle s’envole, plus haut encore que les flammes, les oreilles pleine d’une mélodie inoubliable, d’un chant depuis longtemps oublié.

    Mais elle, elle l’a entendu et elle n’aura plus jamais peur, car là où elle est, elle est heureuse, car elle peut danser avec les flammes et jouer avec le feu. 

     

    *Ce texte est vieux de l'année dernière. Et peut-être pas très clair, je ne sais pas. 


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